| Eugenio d'Ors | |
| APHORISMES
(1935) (1) |
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| I.-
Le vieux genre gnomique avait, ma foi, du bon… J'en garderai l'allure et changerai le ton. |
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| II.-
—Mais l'art s'enseigne donc, par préceptes? Madame Pour le pleur de Margot, voyez le mélodrame. |
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| III.-
On peut aimer cela, du reste. Quant à moi, Si j'ouvre à la Beauté, c'est au nom de la Loi. |
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| IV.-
Canonique beauté, Beauté! Quelle misère Que de lui préférer le sale Caractère. |
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| V.-
Tout arte me charme. Au fond, pourtant, je ne respecte Que ce côté par où l'artiste est architecte. |
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| VI.-
«Naît le Poète; mais l'Orateur doit se faire».
—Curieux, j'aurais dit justement le contraire. |
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| VII.-
«Manuélin»? «Manierismus»? «New Style»?…
Je m'en moque C'était là le Classique. Ici, c'est le Baroque. |
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| VIII.-
La Colonne légère est cependant chargée D'un poids, dont, volontiers, se passe la Fusée. |
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| IX.-
Que tout
mur soit fenêtre, et fenêtre autrement Que celles dont le corps, trop neutre, est transparent. |
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| X.-
D'après la «Section d'Or», vous philosophez. Or Ce qui lui vaut son prix ce n'est pas d'être en or. |
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| XI.-
Un fruit souvent aussi se forme en pyramide… Mais le printemps le gonfle et l'automne le ride. |
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| XII.-
Faites de l'Art mural, prenant soin que la fresque Ne tourne pas, le long du mur, à l'arabesque. |
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| XIII.-
Fi du «pathos» aussi!… Plus heureuse, la glace, Des drames reflétés, ne garde point de trace. |
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| XIV.-
On dit que les murs ont des oreilles. Fâcheux Qui, suivant ce penchant, on y mette des yeux. |
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| XV.-
Comment dormir an paix, si, tout près, la Gorgone Enroule sa crinière au fil du téléphone? |
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| XVI.-
Rien
n'est beau que le vrai. Mais la fable prolonge De belles vérités gisant dans le mensonge. |
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| XVII.-
Quant aux humanités, aucun doute, il en faut: Assaisonnez votre art à l'huile de bachot. |
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| XVIII.-
L'artisan d'autrefois était-il moins habile, Lui qui citait à point Virgile et l'Evangile? |
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| XIX.-
Je reconnais toujours, toile ou mur, vers ou prose Où jamais n'a fleuri Rosa, rosae, la Rose. |
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| XX.-
Une chose paraît bien acquise et certaine: La superiorité de la figure humaine. |
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| XXI.-
Plaisir de paysage, ce n'est plus de notre âge, Jean-Jacques l'inventa, qui goûtait le Sauvage. |
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| XXII.-
Tel qui prônait l'art nègre a fait, ce mois de mai, Acte de repentir dans le Petit-Palais. |
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| XXIII.-
Dites chaque matin, prière liturgique: «Ne me laisse tanter, Seigneur, par la musique». |
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| XXIV.-
Où sont-ils donc les modèles d'auparavant? Nature morte fait prospérer art vivant. |
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| XXV.-
Tout Giotto d'à-présent soigne son Vasari
Et se rappelle à temps que Plutarque a menti. |
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| XXVI.-
Méfiez-vous
de la critique, mes amis, Qui, por dire «couleir», parle de «coloris». |
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| XXVII.-
«Peinture, pas morte!…» … Comment
le serait-elle, Au temps de retrouver sa figure éternelle? |
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| (1)
Courrier philosophique d'Eugenio d'Ors, publié par ses amis
a la Librairie de L'Arc, París, I-X, nº 3, hiver 1935, p.
24; XI-XVII, nº 4, printemps 1935, p. 32. |
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| Última actualización:
27 de marzo de 2006 |
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